Prix unique du livre en France : tout savoir sur la loi Lang

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« Quoi ? Il n’y a pas de soldes sur les livres 😧  ? » Quel libraire n’a jamais entendu cette question et quel lecteur ne se l’est jamais posée ? Lorsque cette fâcheuse question est posée au hasard dans les rayons d’une librairie, on retrouve souvent un libraire gêné face à un client particulièrement contrarié. Il  s’excuse presque de cette situation et propose timidement 5 % de remise. Connaissez-vous vraiment les raisons pour lesquelles votre libraire — aussi gentil soit-il — ne peut pas faire plus ? Depuis 1981une loi impose aux acteurs de la chaîne du livre de fixer un prix unique pour chaque ouvrage publié sur le territoire français. Vous souhaitez en savoir un peu plus, découvrez dans cet article comment la France applique le prix unique du livre, pour enfin tout savoir sur la loi Lang !

Avant la loi Lang, quand le prix unique n’existait pas

Revenons quelques années en arrière à l’époque où le prix du livre était librement fixé par le revendeur. Chaque livre était donc soumis, malgré lui, aux lois de la libre concurrence. De manière tacite, le prix du livre n’était pas fixé au hasard ! D’un trottoir à l’autre, vous pouviez trouver le même ouvrage dont le prix pouvait varier du simple au double. La plupart des revendeurs appliquaient à leurs titres, les prix de ventes conseillés par les éditeurs les autres en revanche, proposaient des tarifs librement consentis. Les libraires restent avant tout des commerçants ! Vous comprendrez sans peine qu’il n’était pas dans leur intérêt de vendre leur stock à perte ! La majorité des remises appliquées à l’époque n’excédaient pas 10 % et avait pour principal objectif de fidéliser la clientèle auprès des librairies. Néanmoins, cela restait sur le principe assez délétère.

L’arrivée de la FNAC, un bouleversement dans le monde du livre

Ce système, bien qu’apparemment fiable et admis par tous, s’est vu totalement bouleversé en 1974 lors de l’arrivée sur le marché d’un nouvel acteur : la FNAC (Fédération nationale des Acheteurs Cadres). La première FNAC parisienne ouvre rapidement ses portes Rue de Renne à Paris. La clientèle s’y déplace en masse pour y multiplier ses achats. Le stock de livres y est presque illimité, le nombre de références est immense et les remises totalement exceptionnelles. Jusqu’à 20 % de remises sont proposés à cette nouvelle clientèle… Autant vous dire que c’est totalement impensable aujourd’hui. Dans cette dynamique d’accessibilité à la culture, les supermarchés se mettent à suivre les traces de la FNAC et développent progressivement des rayons de livres dans leurs enceintes… Les remises appliquées sont elles aussi totalement inédites : jusqu’à 40 % de rabais accordés à la clientèle sur leurs achats d’ouvrages.

Les prémices de la loi Lang, la campagne de sensibilisation

Inconcevable aujourd’hui, l’arrivée de ces nouveaux acteurs sur le marché culturel a totalement bouleversé le secteur du livre et l’économie de la librairie française. Dès 1975 soutenus par leur syndicat de l’époque la FFSL (Fédération Française des Syndicats de Libraires) connue aujourd’hui sous le nom de SLF (Syndicat de la Librairie Française), les libraires cherchent une solution pour pérenniser leur activité. Jérôme Lindon, patron emblématique des éditions de minuit et président du FFSL tente de sensibiliser l’opinion publique à ces problématiques culturelles. Il dénonce les remises appliquées sur les ouvrages de vente courante (dictionnaires, encyclopédies et best-seller en tout genre). Trop largement remisés par les discounters du marché, car les libraires n’en tirent presque plus profit.

Création de la loi Lang en France

En 1976, suite aux différentes campagnes de sensibilisation organisées par le FFSL, Valéry Giscard d’Estaing, le président de l’époque décide d’agir. Il demande à Jacques Chirac, 1er ministre, d’organiser des tables rondes avec les professionnels afin d’envisager une solution acceptable pour le livre « qui n’est pas un produit comme les autres » selon l’ex-président de la République. Les éditeurs envisagent très fortement la mise en place d’un prix unique du livre, déjà massivement exploité par d’autres pays d’Europe. Cette solution semble être la plus légitime et permettrait aux libraires d’être en concurrence de manière transparente et équilibrée avec les autres revendeurs. Jusqu’en 1979, la France prévoyait un accord de Cartel sous la forme d’un « prix conseillé » prévu par l’éditeur. Le libraire était libre de le respecter ou non lors de la vente. Cet accord prendra fin en février de la même année, où l’arrêté de Monory imposera un régime de prix net et par extension interdira la fixation du prix par l’éditeur. La loi Lang verra le jour le 10 août 1981 et sera votée à l’unanimité par le gouvernement de François Mitterrand épaulé par son Premier ministre Jack Lang. Cette loi impose un prix unique du livre, librement fixé par l’éditeur. Il doit être respecté et appliqué par tous les détaillants sans exception afin de permettre une concurrence égalitaire entre libraires et revendeurs. Le prix peut être remisé dans une limite de 5 % auprès du grand public, 9 % auprès des collectivités. Une exception est appliquée à la revente d’ouvrages scolaires.

Les limites du prix unique

Si vous êtes allé jusqu’au bout de cet article, vous allez sans doute me soumettre quelques objections : « oui, mais parfois je passe chez le soldeur et des livres neufs sont soldés ». Vous avez raison ! Cela s’explique dans la mesure où la loi Lang à ses limites. Dans les faits, elle ne s’applique qu’aux livres neufs. Il existe quelques exceptions. Un livre en stock depuis plus de six mois et publié depuis au moins 2 ans peut bénéficier d’une remise supérieure au 5 % prévu par la loi. Un certain club de lecture 😏, je ne pense pas avoir besoin de le citer ici, disposent de sa propre maison d’édition. Ils se contentent de racheter des droits plus de deux ans après la sortie d’un ouvrage, de créer une nouvelle édition et d’en fixer le prix comme ils le souhaitent. C’est une façon de se soustraire en toute légalité aux exigences de la Loi Lang. Enfin, les livres imprimés sortis de commercialisation, dont les droits arrivent à terme peuvent être bradés en lot à des soldeurs, qui pourront ensuite les revendre jusqu’à épuisement à un prix librement fixé.

J’espère que vous n’aurez plus dans l’idée d’aller acheter vos livres à la Fnac ou sur A… Z.. N 🤫 sous prétexte que c’est moins cher ! Vous savez à présent que ce n’est pas le cas. En cette période particulière, vos libraires ont besoin de votre soutien ! je compte donc sur vous pour aller dévaliser les rayons de vos librairies !

C’est tout pour cette semaine, j’espère que cet article vous aura plu et qu’il vous aura surtout appris quelque chose ! Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel article sur le blog !

2 Commentaires

  1. Virginie Pironin

    Merci pour cet article très intéressant ! Je connaissais la loi du prix unique pour les livres, mais pas dans tous ces détails.

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    • Aude BERTHELOT

      Avec plaisir ! merci pour votre retour 🙂 Je suis ravie d’avoir pu vous apprendre des choses !

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