Freelance et aidant familial : un quotidien difficile

Freelancing

Être aidant familial quand on est freelance

Pour ce nouvel article, j’avais envie de vous parler d’un sujet qui peut tous nous concerner en tant que freelance. Le fait de devenir aidant familial tout en ayant une activité professionnelle non-salariée. En 2019, la France comptait environ 11 millions d’aidants familiaux. C’est environ 1 français sur 5. Lorsqu’on sait tout l’investissement que représente cette condition d’aidant familial, et lorsqu’on connaît les obligations qui incombent à un travailleur indépendant, difficile d’imaginer que certains arrivent à concilier les deux. Freelance et aidant familial, une dure réalité ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

 

Qu’est-ce qu’un aidant familial ?

Avant d’entrer plus précisément dans notre sujet du jour, je tenais à vous expliquer ce qu’est un aidant familial. L’aidant familial est également appelé proche aidant ou encore aidant naturel. Il s’agit tout simplement d’une personne qui assure au quotidien une fonction d’aide auprès d’une personne handicapée ou dépendante. La dépendance peut être temporaire ou définitive, partielle ou totale. Elle peut également ne concerner que certains aspects de la vie. Attention il existe une distinction entre l’aidant famial qui peut être :

  • Un conjoint
  • Un partenaire de PACS
  • Un concubin
  • Un ascendant
  • Un descendant

Et un aidant naturel qui est un aidant choisi directement par la personne dépendante pour assurer cette mission de soutien. Il n’existe aucun dossier, aucune démarche à faire pour exercer ce rôle d’aidant bien que cette tâche soit aujourd’hui reconnue à travers plusieurs textes de loi.

Concilier sa vie de freelance avec son rôle d’aidant familial

Si je vous parle de ce sujet sensible aujourd’hui, c’est parce que je suis moi-même concernée par cette situation. Je suis freelance mais je suis également aidante familiale au quotidien. Concrètement, j’accompagne une personne dépendante et tente de lui faciliter le quotidien et les tâches de la vie courante. Cela passe par la préparation des repas, la gestion de ses rendez-vous médicaux. Je veille à la prise de ses traitements. Mon rôle ne se limite pas à ces seules notions matérielles et organisationnelles. J’assure également une présence, je rassure, j’écoute, je discute. Je suis là pour permettre à mon aidée d’avoir une vie la plus normale et la plus simple possible. À côté de ça et malgré mes obligations personnelles, j’assure mes missions freelances sur le temps que je peux dégager pour travailler. Concilier sa vie de freelance et son rôle d’aidant n’est pas impossible, mais difficile.

Gérer ses missions freelances quand on est aidant familial

Une des grandes difficultés du quotidien lorsqu’on est à la fois travailleur indépendant et aidant familial, c’est malheureusement de trouver du temps pour travailler. Tous les aidants vous le diront, s’occuper d’un proche en situation de dépendance ou de handicape est une mission très prenante au quotidien, tant sur le plan physique qu’émotionnel. Gérer des clients et des missions demande beaucoup d’organisation, mais aussi de résilience. Il faut accepter qu’on ne puisse pas tout faire, qu’on ne puisse pas être partout. Il faut aussi renoncer à faire des plans et apprendre à vivre au jour le jour. Aucune journée ne se ressemble. Vous pouvez à tout moment être appelé par votre proche qui peut avoir besoin d’aide. Il faut être en mesure de se libérer rapidement et d’être présent. Je vous mentirai en disant que ce n’est pas pénalisant pour la gestion d’une activité professionnelle freelance. Je fais le choix de renoncer à certaines missions qui m’intéressent par peur de ne pas pouvoir être disponible à 100 %. Je travaille principalement avec des clients de confiance, conscients de ma situation.

 

Aidants familiaux et freelance : les aides extérieures

Si vous êtes salarié, vous avez la chance de disposer de certaines aides pour vous soutenir dans votre mission d’aidant familial. Il existe quelques dispositifs d’aide dont vous pouvez discuter avec votre entreprise. Je pense par exemple :

  • Les congés de soutien familial selon votre condition
  • Une rémunération en temps qu’aidant familiale par le biais de l’APA sous condition
  • Vous pouvez devenir aidant salarié de votre proche
  • Le droit au chômage
  • Le droit au répit…

Toutes ces aides ne sont pas grand-chose au regard de la situation, mais peuvent vous aider si vous y êtes éligible. Lorsqu’on est freelance malheureusement ces dispositifs n’existent pas vraiment. Nous ne disposons pas de jours de congés spécifiques, ou d’accompagnement par le biais de l’entreprise. Il faut pour autant chercher de l’aide autour de soi afin de ne pas sombrer financièrement et psychologiquement.

 

Aidant familial et autoentreprise attention au burnout

La plupart des gens qui ne sont pas concernés par cette mission d’aidant familial ne comprennent pas l’impact psychologique que cela peut avoir. En tant que freelance, vous êtes chef d’entreprise, vous avez des obligations, des contrats à remplir, de l’administratif à gérer, de la communication à faire, de la compta… Toutes les responsabilités liées à votre activité. À côté de ça, vous êtes proche aidant, vous êtes une personne ressource, sollicitable à tout moment et qui doit faire face à des imprévus quotidiennement. Lorsqu’on est aidant familial et que je vous parle en connaissance de cause, on s’oublie au profit de la personne aidée. On peine à se reposer, on se sent anxieux, fatigués, on a moins envie de voir du monde… Plus la situation de dépendance de votre proche s’accentue plus vous risquez de mettre votre vie entre parenthèses et malheureusement c’est la porte ouverte au syndrome de l’aidant ou burnout de l’aidant.

Quelques conseils pour les freelances qui sont aidants familiaux

Si j’écris cet article aujourd’hui c’est parce que j’ai moi-même cherché sur Google « freelance et aidant familial » sans accéder à aucun résultat. Je sais pourtant ne pas être la seule dans cette situation. J’ai donc écrit l’article que j’aurais aimé lire pour me rassurer lorsque tout ça a commencé. En vérité ce que je vais vous dire s’adresse également à des aidants familiaux salariés. Voici quelques conseils qui m’ont été donnés par des professionnels qui m’accompagnent et qui je pense vous aideront :

Lâchez-prise

Je sais à quel point cela peut être difficile. Je ne connais pas votre situation, mais je sais qu’il est difficile voire impossible de lâcher prise lorsque l’inquiétude fait partie du quotidien. Vous devez accepter que vous ne pouvez pas être présent en permanence pour votre proche. Certaines actions doivent être menées par des professionnels dont c’est le métier. Cela permet d’assurer confort et sécurité pour votre aidé, et de vous offrir un moment de répit. J’en viens à mon deuxième conseil !

Acceptez de l’aide

L’aide dont je parle ici peut être de tout type. De l’aide pour vous, en vous rapprochant par exemple d’un professionnel de la santé mentale (psychologue, thérapeute…). Afin de vous soutenir émotionnellement. De l’aide pour votre proche aidé. Il peut s’agir d’aide à domicile, d’auxiliaire de vie, de personnel infirmier, de thérapeutes en médecine douce, de professionnels paramédicaux… Ils sont nombreux à pouvoir exercer au domicile de votre proche et à pouvoir apporter leur aide. Des dispositifs financiers existent pour vous aider il faut vous renseigner.

Prenez du temps pour vous

C’est tellement important de prendre du temps pour soi d’autant plus lorsqu’on dédie habituellement ses journées à quelqu’un d’autre. Peu importe ce qui vous fait du bien. De mon côté je fais du sport, je sors avec mon chien, je lis, j’écris, je dessine. J’ai besoin de temps calme rien qu’à moi pour me ressourcer et m’apaiser.

Reposez-vous

Là encore ce conseil semble d’une évidence déconcertante, mais si vous êtes comme moi, les nuits agitées sont fréquentes. Je sais que le sommeil est parfois difficile à trouver. Une fois endormi on se réveille angoissé à l’idée qu’il puisse se passer quelque chose et on peine à se rendormir. Le sommeil est primordial. Faites des siestes si vous en ressentez le besoin, prenez un peu de temps pour vous reposer pendant vos journées. Décalez vos horaires si cela vous permet de dormir un peu plus. De mon côté, j’ai récemment accepté que j’avais besoin de dormir un peu plus le matin, je me lève donc un peu plus tard qu’avant.

Éloignez-vous de temps en temps

Si vous êtes seuls à tout gérer, je sais que ce conseil ne sera pas forcément le plus facile à suivre. Néanmoins je vous le donne quand même. Éloignez-vous, même pour quelques jours, partez en week-end par exemple. Vous ne pouvez et ne devez pas assurer cette mission d’aidant familial seul en permanence. Prendre un peu de recul vous permettra de prendre du temps pour vous, de vous libérer quelques jours d’un peu de pression et surtout de retrouver l’espace d’un instant une vie un peu plus douce.

 

Les cafés des aidants pour proches aidants freelances

Quelle que soit la condition de santé ou de dépendance de votre proche, nous avons la chance en France d’être plutôt très bien accompagnés. Il existe des associations, des groupes de paroles, parfois même directement au sein des services de santé : les cafés des aidants . Cela permet de retrouver d’autres aidants qui vivent la même chose que vous, de pouvoir échanger, discuter, demander des conseils. Trouver des personnes qui vivent la même chose que vous ne peut que vous aider. J’étais moi-même réticente au début, mais avec le temps j’ai fini par adopter cette solution. Je rencontre toutes les deux semaines d’autres aidants familiaux dont les proches souffrent de la même situation de dépendance que mon aidée. Je me suis sentie moins seule, j’ai trouvé des personnes qui vivent la même chose que moi au quotidien et ça m’a fait du bien. Je suis beaucoup plus efficace auprès de mon proche depuis que je dispose de cette écoute bienveillante et de ces partages. Vous n’êtes pas seul !

 

Vous l’aurez compris, la situation d’aidant familial est difficile à beaucoup de niveau. Pour autant, et même si comme moi vous n’exercez pas une activité salariée, il est possible de vous faire aider ou accompagner dans votre mission. Nous sommes nombreux en France à être confrontés à cette situation au quotidien. Si j’en parle aujourd’hui à cœur ouvert c’est parce que ça me fait du bien mais c’est aussi parce que je sais qu’il est primordial de constater que d’autres vivent la même chose. J’espère vous avoir donné quelques conseils utiles pour vous aider à mieux appréhender votre quotidien d’aidant familial et de freelance. N’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires. Je vous dis à bientôt pour un nouvel article et surtout : prenez soin de vous.

2 Commentaires

  1. Céline

    Merci pour cet article qui me concerne directement, même si pour moi le fait de devenir freelance me permets justement une plus grande flexibilité dans mon quotidien et mon travail. En tant que salarié certes on a des dispositifs d’aide mais ils ne sont pas toujours adaptés. Et je le dis en ayant expérimenté le congé proche aidant pendant quelques mois…une aide ponctuelle mais difficilement tenable sur le long terme…Merci d’avoir mis en lumière ce « statut » qui concerne aussi des jeunes.

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    • Aude BERTHELOT

      Merci pour ton retour ! Effectivement même les aides pour les salariés sont très compliquées et selon moi insuffisantes lorsque l’on sait toute la disponibilité nécéssaire pour être aidant.

      Réponse

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